mardi 5 décembre 2017

Punir la Tour Montparnasse






































Je ne sais pas pourquoi mais, immédiatement, à l'annonce de la mort de Jean d'Ormesson, je pense à la Tour Montparnasse et à sa requalification
Sans doute que je vois la mort de l'écrivain comme la preuve maintenant de la disparition de cette génération, de celle au pouvoir au moment de la construction de la Tour Montparnasse si haïe par la génération suivante mais aussi, étrangement, par la génération conservatrice de l'époque.
Rarement une construction se voulant moderne, affichant sa solitude, sa présence colorée, son implantation et aussi son ordre urbain n'a été aussi détestée. Même le Centre Pompidou n'a pas subi autant de haine car, il avait déjà pour lui à l'époque, une fonction particulière dont la foule s'empara immédiatement.
Alors les reproches que l'on fit à la Tour Montparnasse aurait bien dû être justement ce que nous aurions pu protéger et défendre. D'abord son isolement, son érection soudaine, violente, sans concurrence dans ce quartier de Paris faisant de la Tour Montparnasse une figure debout, éprouvant le Vieux Paris, l'éreintant sans cesse et c'est tant mieux. Ce monolithe froid qui impose au sol son indifférence au monde est l'image même de la politique urbaine de l'époque, déjà, en ce sens, c'est un patrimoine. Cet échec relatif qui fut bien souvent l'un des arguments pour une accusation rapide est pourtant exactement ce qui en fait sa place dans l'histoire. Le socle prétentieux d'une politique de la ville menée par des hommes en costumes dans des berlines Citroën. On imagine toujours la Tour Montparnasse comme la volonté d'agents immobiliers mystérieux, amis des politiques de l'époque, agissant dans l'ombre des Cabinets ministériels, comme dans un mauvais film politique des années 70 avec Alain Delon ou Yves Montand selon les orientations politiques du réalisateur. Cette ombre portée sur Paris, la surface glaçante du matériau formant la peau de verre de la Tour, verre fumé, opaque, ajoutant encore à cette violence politique est un monument à la Fiction en fait.
Mais on pourrait aussi souligner l'importance d'une telle verticale dans le tapis de la ville. Il faut des droites qui montent sur un sol trop étendu et trop blanc, nous disait Alvar Aalto. Paris est blanche des pierres et des reflets des zincs des toits. Il lui fallait une résonance, un menhir granitique, une antenne magnétique, il nous fallait équilibrer trop de netteté, trop de justesse, trop d'égalité. La Tour Montparnasse c'était le Dark Vador de Paris, casquée, troublante, offrant le désir de l'arpenter en sachant en quelque sorte qu'on cédait trop facilement au côté obscur, tout en haut, à juger de la Ville.
Alors, comme le vent tourne bien fort en haut, il a fallu punir la Tour Montparnasse, punir ceux qui l'ont posée là. C'est bien ce que la requalification future de la Tour Montparnasse prouve. Il s'agit avant tout d'une punition.
Facile d'imaginer comment on fabrique cette punition. D'abord il faut être radical et éteindre complétement le noir. Il faut faire transparent car transparence est aussi un mot de la communication politique qui devra par le matériau même de la façade raconter la démocratie, l'ouverture, une forme morale face aux engagements des nouveaux dirigeants de la Ville de Paris. Et puis, transparence a toujours été associée à l'histoire de la Modernité en architecture, c'est toujours faire signe d'une égalité entre ceux qui décident et ceux qui subissent, une manière violente d'interdire complètement la contradiction.  

"Parmi les gestes les plus manifestes de la Nouvelle AOM: l'abandon du terrible verre noir qui emballait l'immeuble, troqué contre une double peau transparente."*

"On espère que le rendu final sera aussi cristallin que sa représentation en maquette."*

Vous voyez tout, vous n'avez donc aucune raison de nous contredire. Ne pas arrêter le regard, c'est donc interdire la parole. La nouvelle Tour Montparnasse se voudra donc transparente, du moins c'est ce qui va être tenté et raconté, on ne connaît que trop bien comment l'épaisseur d'un volume éteint toujours ce jour, comment en fait, à vouloir faire un fantôme disparaissant dans l'éther du ciel, on façonne d'abord un bloc atonal sans aucune force. Et éradiquer la masse de cette Tour, en retirer la force sombre c'est, de fait, renoncer à sa première et grande qualité, à l'un des plus beaux gestes de ses architectes, c'est comme un bombardement ouvrant sur le mystère de son contenu. C'est l'échec d'une compréhension, d'une perception de cette Tour dans la Ville. C'est surtout stratégique. C'est avoir compris que c'était là son plus grand reproche (reproche politique) et offrir exactement l'attendu communicationnel. Ce n'est donc pas, non, ce n'est pas un acte architectural, c'est un renoncement de l'histoire car son histoire tout entière tenait dans cette expression terrible verre noir. Et nous aimons ici l'architecture quand elle est terrible, présente, puissante, c'est-à-dire quand elle existe. Aujourd'hui on interdit les verres fumés sur les automobiles, c'est le même geste ici. La transparence est devenue la police, la transparence est devenue la morale gentille, bien pensante.

"... percé de plusieurs patios pour révéler l'ancrage au sol bâtiment, ce nouveau socle permettra d'enrichir son programme pour accueillir demain des visiteurs de passage et des touristes. *

Pour punir encore mieux, on remodèlera le niveau piétonnier, comme pour donner l'illusion d'un attachement au piéton de Paris, figure quasi-héroïque de cette Ville. Le piéton, celui qui lève ou non le nez doit enfin se sentir aimé, accepté, choyé par l'architecture. Il doit "ne plus avoir peur", ne plus s'ennuyer sur le trottoir, ne plus s'interroger sur la réalité d'un mur infini qui le domine. Le piéton est juge, il faut que l'architecture vienne mourir à ses pieds, il sera l'échelle, en fait, il sera surtout le CLIENT.
Il faut qu'il entre... qu'il consomme. Les patios sont des appâts.
Et puis, il faut bien redessiner, reformer et boursoufler quelque part pour faire acte d'architecture, ajouter surtout de la surface commerciale, car, il s'agit avant tout d'un éternel retour sur investissement.
Mais il faut aussi faire semblant. Faire semblant de quoi ? Faire semblant d'être attentif à l'héritage et offrir une perception visuelle à cette économie. Pour cela, il suffit de laisser croire que l'on touche peu, que l'on intervient avec délicatesse en donnant le signe d'une silhouette maintenue. L'équipe a donc l'argument qui tue : elle n'a pas touché au dessin du profil de la Tour ! Formidable leçon retenue là aussi de l'image en architecture, on reconnaît ici les arguments retenus par exemple pour Toulouse-le Mirail. Juste assez d'arguments de respect pour s'autoriser au massacre. La démagogie communicationnelle à son degré le plus haut, le plus chic, le plus jeune...
La jeunesse d'une équipe comme preuve d'une attention...
Et voyez-vous, Ils aiment la Tour Montparnasse ! Ben voyons ! Je t'aime, je te tue.

"Parce que, contrairement à bon nombre de Parisiens, "ils aiment la tour Montparnasse", avoue Mathurin Hardel, la proposition de la Nouvelle AOM préserve l'image iconique de l'immeuble et son double galbe."*

"Elle permettra aussi la récupération des eaux de pluie et, puisque c'est désormais une figure imposée dans le ciel parisien, le développement de l'agriculture urbaine."*

Alors viendra pour couronner le tout et surtout pour couronner la Tour, une sorte de chapeau, de serre, de jardinerie de chez Leclerc, posée là, atterrie là, comme arrachée d'une zone commerciale de province pour nous faire croire (mais vraiment à qui ?) à une Tour écologique et éco-responsable. Quand le clin d'œil à la politique actuelle de la Ville atteint ce degré d'asservissement politique par de jeunes architectes, on est certain d'atteindre là un point culminant de non-retour et bientôt on verra Monsieur Vincent Callebaut devenir l'architecte officiel de la Ville de Paris. On notera dans l'argumentaire, la figure imposée... Mais imposée par qui ? Et comment appelle-t-on celui qui décide simplement de suivre ce qui est imposé ? Un architecte ?
Je suis de ceux qui sont certains que maintenant la politique patrimoniale sur les constructions apparues après 1945 est inexistante à Paris et en Ile-de-France. Partout, les signes de cette histoire sont bafoués, éteints et étouffés. Partout règne une forme particulière de communication architecturale mêlant propos publicitaires et politiques à une incompréhension des enjeux patrimoniaux mais surtout un cynisme ambiant qui cherche dans les arguments d'une écologie de bazar et de bons sentiments à éradiquer un héritage, non pas sur des arguments réels de sécurité (amiante) mais bien pour effacer l'affront de l'histoire d'avoir su, à une époque, construire une architecture moderne, c'est-à-dire, oui, essentiellement classique. La ruine de l'école d'Architecture de Nanterre, son état de décrépitude est le signe parfait de ce nouvel ordre moral et architectural, celui d'un "en même temps" qui veut dire "surtout plus maintenant". La Nouvelle AOM en fait n'a rien de nouvelle, elle est conservatrice, conservatrice de la novlang de ce jour, elle a reçu la leçon d'un Seguela au biberon. La France tranquille, une architecture tranquillisante. Faire d'abord un discours, utiliser les mots et bâtir dessus une coquille, une carrosserie. Elle est fille de cette politique, elle en offre l'image d'aujourd'hui : transparente, si transparente. On pourrait dire diaphane.

Je vous donne tout de même quelques cartes postales prouvant la puissance troublante et sombre de cette très belle architecture. Pour ma part, et à la différence de l'article de AMC*, bien complaisant de Margaux Darrieus avec les architectes de la Nouvelle AOM, je nomme les architectes de la seule vraie Tour Montparnasse, je ne veux pas que, eux, on les oublie. Je les remercie pour les joies, les sensations, la présence de leur beau monolithe qui va bel et bien disparaître à jamais. Merci Messieurs Arretche, Beaudouin, Cassan, Dubuisson, de Hoym, de Marien, Lopez, Saubot, Warnery. Que vos grands noms comme une ombre puissante viennent un jour, à nouveau, écraser ce Paris pourrissant et olympique.

D'abord trois cartes postales par le photographe Albert Monier, grand arpenteur de Paris, qui ici nous offre bien les grandes qualités de son travail photographique. On notera que Albert Monier, habitué à un Paris plus traditionnel, celui des clochards en bord de Seine et d'un pittoresque pour touristes n'hésite pas à regarder ce beau monument et aussi à l'aimer.
Cette édition par Cap-Théojac est en Mexichrome et nous montre la Tour Montparnasse surplombant son quartier. Mais depuis quel point de vue ? je vous laisse deviner et retrouver ! Voyez comment le photographe cisaille littéralement son image par la verticale de la Tour qui vient toucher le haut du cadre. Ici, il est bien question de dire sa puissance et sa radicalité.





Voici toujours d'Albert Monier chez le même éditeur, cet autre point de vue spectaculaire ! Le soleil vient taper dans le monolithe, vient le saluer. Tout tourne au brun sombre contre le ciel bleu de Paris. Les obliques pourtant légères appuient la monumentalité et la sensation de vertige du photographe au pied de la tour. Superbe photographie et maintenant, superbe document historique de ce qu'était la Tour Montparnasse pour son épiderme trop bronzé. C'est cette peau qui sera arrachée.





































Pour finir avec Albert Monier, une carte au cadrage plus attendue, surtout par son premier plan fleuri. On aimera être aussi prêt de la façade et de bien lire le beau dessin de son profil :






































Retournons sur le sol, Boulevard Montparnasse, grâce à un autre grand photographe de cartes postales : J.E. Pinet (écrivez-moi !)
Ici, la Tour Montparnasse est mise en relation directe avec les façades du Paris Éternel et il ne fait aucun doute que Monsieur Pinet joue avec ce contraste tout en ne prenant pas une position trop appuyée. Il se met dans l'ombre et cadre la ville à la hauteur du piéton. Un très beau document sur les rues de Paris et leur Modernité. D'ailleurs, on pourrait même trouver la tour, ici, peu audacieuse dans sa verticalité.




























Toujours depuis la rue, voici notre belle Tour qui se dresse. Là aussi, le soleil en efface une partie de la façade en tapant dessus. L'éditeur et son photographe inconnu nous offrent ici un hymne à la verticalité que tout, même le lampadaire, accentue. On pourra aussi ici, garder en mémoire la qualité exceptionnelle de cette couleur ambrée qui chante aussi dans la Ford garée au pied.





































Toujours par la verticale, toujours imposant sa masse, son trou noir, voici que les éditions Image'in éditions nous offrent aussi la tour Montparnasse, écrasant le sol de Paris que l'éditeur inscrit sur la carte comme pour bien affirmer que nous y sommes ! L'édition ajoute un peu de noir au tirage et durcit sa couleur mais on aime ça ! Un cadre noir finira la sensation de dureté pour une carte postale d'un grand chic.





































Et si nous entrions ? Et si nous venions voir Paris ? Cette carte postale Cap-Théojac nous montre ce lieu d'un chic tout parisien et nous indique que le restaurant du 56ème étage est ouvert jusqu'à 2 heures du matin ! Les rendez-vous ici devaient donner de la hauteur aux relations naissantes... Bientôt, on ira voir des salades pousser. Une autre époque.






Je vous donne aussi le très bel article de Dominique Amouroux sur la Tour Montparnasse paru dans son guide d'architecture contemporaine en France :




samedi 2 décembre 2017

D'écrire sur l'architecture

Il y a bien longtemps, j'ai commencé cette collection de cartes postales en cherchant tout particulièrement les cartes postales sur lesquelles les expéditeurs faisaient des annotations ou des signes divers comme des croix, des cercles, des flèches pour indiquer quelque chose ou simplement se situer.
Se situer...
Dans une image photographique, pouvoir projeter sa propre vie ou au moins l'expérience d'un instant, pouvoir signaler à l'autre un état de l'espace de l'image qui fut nôtre ou le moment d'une correspondance, marquer l'image pour la particulariser et la dégager du commun de l'édition, tout cela me fascine. Il s'agit toujours pour celui qui s'inscrit là de fonder une complicité avec le lieu, son image et donc sa représentation mais aussi celui qui reçoit et qui doit saisir à la fois le signe lui-même mais aussi ce qu'il précise. La difficulté étant toujours pour le signe, tout en marquant l'endroit, de ne pas le recouvrir !
Voici deux exemples dont un premier bien spectaculaire en ce sens :



D'abord il ne sera pas difficile d'admirer la superbe architecture de ces H.B.M 212 de Germain Dorel dont l'uniformité de l'héliogravure en un seul ton ne rend pas hommage à la polychromie de ses matériaux tout en accentuant les volumes et la belle perspective. Vous trouverez si facilement des infos sur cet ensemble maintenant inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques que je ne vous ferai pas l'article !

Allez ici :
https://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=865
ou encore ici :
http://www.atlas-patrimoine93.fr/pg-html/bases_doc/inventaire/fiche-mh.php?idfic=007p07

Ce qui nous intéresse c'est bien comment sur cette carte postale Cim, le ou la correspondante qui écrit à ses parents réussit l'exploit de raconter son changement de logement et d'en détailler toutes les fonctions ! On notera le soin extrême à écrire hors de la façade en rejetant dans le ciel ou sur la chaussée les inscriptions reprises par des petits points et des flèches signalant les fenêtres ou les balcons !



























Il est, je le redis, assez rare finalement que des correspondants donnent leur avis ou leurs impressions sur leur lieu d'habitat comme si l'image comblait à elle seule ce besoin. Ici, non seulement le correspondant écrit sur l'image mais remplit aussi le dos de la carte postale de précisions sur ce déménagement. La carte est datée du 20 avril 1937, l'ensemble H.B.M. est donc tout récent encore.



" Nous venons de chercher Paris-Soir, et regardant les cartes postales, je vous envoie en même temps, que réponse à votre lettre, la vue de notre nouveau logement, vous comparerez avec la carte envoyée au mois d'octobre dernier, qui vous donnait la vue côté de la route, tandis que celle-ci donne sur les jardins, ce n'est qu'à titre d'indication car beaucoup de volets sont clos, c'était avant de prendre possession des immeubles. Nous sommes bien et pas haut. Je vous mets le détail de l'installation au recto et vous joins en même temps le reste de la correspondance."

Je vous conseille d'aller lire le Paris-Soir en question ici ! Magie de l'internet !
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76416092/f1.item
On notera que le correspondant est observateur car il affirme que le photographe des éditions Combier est venu avant la livraison des appartements en s'appuyant sur le détail des volets tous ouverts. Pourtant il y a bien là quelques fenêtres ouvertes également et même des rideaux... On note également que ne pas être trop haut est encore considéré comme une chance. Sur l'image, drôlerie de l'indication des poubelles, certainement pour souligner leur distance avec le nouvel appartement. On note également les lieux de rassemblements ! Un tel document est bien entendu une richesse que les inscriptions ne viennent pas perturber mais au contraire enrichir d'un mode de perception et de réception de l'architecture. On comprend même que, dans ce cas précis, l'achat et donc le désir de représentation dans l'image furent spontanés car associés à l'achat du journal. L'image fait envie et donne l'idée de correspondre en quelque sorte.
Tout autre exemple d'inscription, tout autre architecture :


Cette carte postale des éditions SL nous montre la ville de Port-Barcarès en cours de construction. Ce qui en fait l'intérêt c'est bien que l'éditeur a cru bon d'indiquer aux acheteurs l'ensemble des nominations des lieux. On pourrait y voir une sorte de guide touristique, de moyen simple pour le touriste perdu dans ce paysage tout neuf à reconnaître les lieux ! D'ailleurs il est aussi intéressant soudain de se rendre compte qu'une ville naissante a besoin de ce nominalisme comme si, ainsi titrés, les constructions et bâtiments trouvaient une légitimité ou, au moins, une familiarité nouvelle. L'alignement des noms, leur choix très largement tourné vers l'esprit maritime et balnéaire forment un poème assez drôle : les argonautes, les barbecues, le soleil levant, le centre commercial, les sirènes, les cabestans, la sardane, les totems. Sans aucun doute que Georges Perec et Jules Verne se seraient emparés de cette liste pour l'intégrer dans une intrigue littéraire. Mais l'autre particularité c'est bien que l'éditeur use d'un procédé normalement attribué aux correspondants eux-mêmes marquant au stylo-bille leur lieu de séjour. C'est bien un ready-made au sens premier du terme que nous avons sous les yeux. Ajoutons que cela, bien entendu, nous permet de percevoir les règles d'urbanisme de cette ville nouvelles ou les îlots sont posés les uns à côtés des autres, affichant chacun un design architectural différent, offrant encore des étendues vides, sortes de déserts entre les lotissements, des vides qui seront bien vite comblés par les promoteurs.


retrouvez ce lieu plus précisément ici : http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/07/pop-port.html

pour retrouver Georges Candilis, allez là : http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=candilis

























Déjà historique, ce point de vue nous permet de voir des constructions depuis longtemps disparues, un état de la ville où elle était pionnière, où le vacancier devait avoir l'impression de voir naître un monde aujourd'hui toujours debout ou ignoré, voire méprisé comme si le premier âge de la ville de Port-Barcarès n'avait de toute façon comme vocation de n'être qu'un état éphémère.
On sera donc passé de d'écrire la carte postale à écrire la carte postale par elle-même. C'est je crois le signe d'un état de la civilisation.
Ouh la ! Cette conclusion est peut-être un peu ambitieuse !

mercredi 29 novembre 2017

Gratte-Ciel de province

Je ne voulais pas vous faire un article en ne tentant pas tout pour connaître le nom des architectes. Je vous avais promis un retour vers Roanne et je cherchais le nom des architectes de cette très belle tour que les éditeurs et certainement les habitants de Roanne surnomment le Gratte-Ciel :


Cette belle carte postale Lapie nous montre bien ce bel immeuble pris dans un tissu urbain bien moins haut que lui, ce qui l'isole d'ailleurs un rien du reste de ce tapis fait de maisons basses, de petites barres et au loin d'usines dont même les cheminées ne rivalisent pas avec l'audace de cette tour. Les architectes en sont donc Messieurs Roche et Pavero dont je ne trouve pas d'autres réalisations dans mes documents. Par contre, les Archives de la Ville de Roanne me font le plaisir de m'envoyer un petit dépliant sur lequel figure toute l'histoire de cette construction emblématique et je les remercie pour la promptitude de leur réponse ! Bravo aussi à la Ville de publier ainsi de très intéressants documents pédagogiques.



On peut facilement reconnaître dans cette construction tout juste d'après-guerre, les manières de construire de cette époque. On retrouve ce style franc et direct, laissant apparaître la structure sur la façade, le jeu des volumes et des retraits surtout déterminés par des balcons généreux repoussés aux angles et qui donnent à cette façade un rythme simple mais vigoureux qui permet à l'œil de ne pas trouver la masse disgracieuse.

Qui profite aujourd'hui de ce beau belvédère ?

Les petits volumes sur le toit permettent également au Gratte-Ciel de venir s'enfoncer dans ce ciel avec justesse et pondération. Tout cela est drôlement bien dessiné et mérite maintenant d'être sauvegardé en espérant qu'aucun projet d'isolation par l'extérieur ne vienne abîmer ce très bel immeuble de Roanne, patrimoine essentiel maintenant de la silhouette de la Ville, marraine d'Elbeuf.
Mais regardez :





































Sur cette carte postale des éditions La Cigogne, on retrouve notre Gratte-Ciel de Roanne derrière un incroyable bâtiment : la gare routière !
Mais quelle architecture là aussi ! Quelle audace que ce porte-à-faux triangulaire venant abriter les passagers et aussi ce magnifique petit cube au jeux délicats de couleurs sur sa façade ! Quelle œuvre ! Qui a eu ici cette audace ? Les mêmes architectes roannais que notre Gratte-Ciel ? Messieurs Roche et Pavero ? C'est possible mais je ne puis l'affirmer et malheureusement ce petit chef-d'œuvre a disparu... Quel dommage ! Quelle bêtise !



Sur cette dernière carte postale du même éditeur, on retrouve notre Gratte-Ciel de Roanne, cette fois, derrière un massif de fleurs, un peu comme nous l'attendons tous d'une carte postale idéale.


Le Gratte-Ciel semble posé dessus comme sur un socle et l'éditeur n'y est pas allé de main morte pour les pochoirs de couleurs !
On notera que la production d'au moins trois cartes postales montre l'attachement et l'importance de cette construction pour la ville à cette époque, signe de sa modernité.
Heureusement ma balade sur Google Earth me permet de voir encore debout ce très bel immeuble.
C'est trop tard pour la gare routière...
S'il vous plaît, Maire, propriétaires, élus, agents locaux du Patrimoine, faites que demeure ainsi dans sa grande beauté cet élément essentiel du Patrimoine du Vingtième Siècle. Ne succombez pas aux sirènes tonitruantes de la "requalification" toujours complice de la laideur et laissons la chance à ce dessin superbe de se maintenir dans la ville !
Protégez le Gratte-Ciel de Roanne !

Google nous permet de voir aussi le dos du Gratte-Ciel :


















































samedi 25 novembre 2017

Group Ludic en livre !


Le Group Ludic fait partie intégrante de ce blog tout comme les piscines Tournesol, les Bulles six coques, Jean Renaudie ou le Brutalisme.
Chaque fois que cela est possible, j'essaie de vous montrer les réalisations de ce collectif de designers qui ont inventé un genre d'aire de jeux qui aujourd'hui encore ne cessent de nous étonner par leur modernité, leurs  formes mais aussi l'esprit de liberté et de poésie, comme si les designers eux-mêmes étaient en ligne direct avec les désirs des enfants, comme si leurs observations, leurs connaissances leur avaient permis d'inventer un registre particulièrement original et joyeux.
Le plus iconique de tous étant bien entendu le sous-marin de La Palmyre au Jardin de Cordouan que nous avons décrit plusieurs fois.
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/groupe-ludic-le-sous-marin.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/08/royan-et-alentours.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/08/groupe-ludic-une-reponse-de-monsieur.html
Avec un témoignage :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2016/08/group-ludic-et-familial.html

Alors, lorsque Julien Donada et Grègoire Romefort décident d'éditer un ouvrage sur le travail du Group Ludic on ne peut que les suivre et les soutenir. Soutenir en effet car les deux compères ont besoin de fonds pour mettre en route l'édition de ce livre tout comme pour l'ouvrage sur Le Corbusier par Charles Bueb (toujours disponible !).
Il s'agit aussi d'être exigeant, de produire un bel objet éditorial qui rendra hommage à ce Group Ludic et permettra enfin de diffuser davantage cet héritage aujourd'hui, heureusement, regardé de nouveau à sa juste valeur. Pour l'exigence, nous pouvons faire confiance à la maison d'édition du Facteur Humain et à la rigueur de l'édition et du contenu critique.
Alors, il est évident que c'est avec une grande joie que je me fais ici le relais pour que cette édition voie le jour. Et je sais que de nombreux lecteurs et lectrices feront de même car je sais que vous aimez, tout comme nous, les œuvres originales entre architecture et design et les beaux livres !
Les fêtes approchent !
Je vous conseille donc vivement de soutenir nos amis, de soutenir cette envie de voir, revoir et enfin mieux connaître ce travail remarquable.
C'est ici que cela se passe :
https://www.kisskissbankbank.com/group-ludic-l-imagination-au-pouvoir


Je m'amuse de voir que "l'imagination au pouvoir" reprend un peu le titre d'un exemplaire de la revue de Claude Parent et Paul Virilio, Architecture Principe avec leur " Pouvoir et Imagination" ! Comme quoi l'époque a bien eu ses slogans !

Allez ! Faites-vous plaisir ! Soyez un pionnier ! Aidez-les !

Je vous invite aussi à voir ce très beau petit film ! Quel merveille!
https://vimeo.com/244064133
https://vimeo.com/244064133

Pour revoir tous les articles sur le Group Ludic, vous pouvez aller partout ici et surtout soutenir le projet éditorial et commander votre livre.
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/11/retrouvailles-ludiques.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/06/une-reunion-amicale.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/des-jeux-en-france-de-lair-des-aires.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/point-ligne-plan.html
Certainement l'une de mes plus belles cartes postales :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/12/toiles-tendues-mettre-les-voiles.html 
Un document rare offert par Julien Donada :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/11/group-ludic-un-document-rare.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/complements-ajouts-et-autres-details.html
Celle-ci est merveilleuse, simplement merveilleuse :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/07/groupe-ludic-chalons-sur-saone.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/08/groupe-ludic-architecture-pour-jeux.html 
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/06/sculpture-jeux.html


mercredi 15 novembre 2017

Tout dans le détail

Vous faire plaisir.
D'abord, vous faire plaisir.
Aujourd'hui dans deux cartes postales en multi-vues si mal considérées par les collectionneurs, voici que, justement, par les vues diversifiées, par le désir de nous monter le plus de choses possible, les éditeurs de cartes postales nous permettent de retrouver deux icônes de ce blog, deux architectures dont vous rêvez pour certains d'en faire l'inventaire, pour d'autres de les démonter pour les sauver : un Mille-Club et une piscine Tournesol.
Par laquelle de ces icônes voulez-vous commencer ?
Eh bien non ! Nous débuterons par le Mille-Club :


Sur cette très belle carte postale de Roanne, tout est dit d'emblée, sans remords. Un beau quartier fait d'un Hard French aujourd'hui si mal aimé, sa modernité appréciée, ses aménagements urbains et donc, là, en bas à droite un Mille-Club du type BSM Tridim des architectes Goddeeris, Deleu et Thoreau.
Il est bien à sa place dans ce petit tour de quartier que les éditions La Cigogne nous offrent. On notera que la carte est assez récente si on en croit les automobiles, la carte fut expédiée en 1982. J'ai beaucoup de difficultés à identifier ce lieu sur Goggle Earth et je crois que, malheureusement, ce Club de Roanne a disparu. Ne partez donc pas en Safari Ruin Porn.















































Roanne est la Ville Marraine d'Elbeuf et ce nom de ville résonne très particulièrement chez moi car, en tant qu'elbeuvien, on voyait ce nom de Ville de Roanne apparaître sur les bandeaux de commémoration de la seconde guerre mondiale. Nous habitions même rue de Roanne et je vois qu'il existe une rue d'Elbeuf à... Roanne ! Dans le livre Elbeuf, histoire des rues, Charles Brisson nous informe page 105 :
"Cette rue est l'une des nouvelles voix ouvertes lors de la reconstruction du vaste quartier détruit par les Allemands en juin 1940. Dès 1941, des villes de la zone sinistrée reçurent le parrainage de villes demeurées intactes en zone encore libre. Suivant l'exemple donné par ailleurs, des démarches furent alors entreprises par le Syndicat d'Initiative auprès de la ville de Castres, dans le Tarn, ville drapière comme Elbeuf et où se trouvait alors un noyau fort agissant de réfugiés elbeuviens. Cette initiative rencontra l'opposition du député-maire René Lebret, dont le choix se porta sur Roanne, dans la Loire, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 50 000 habitants, qui adressa à Elbeuf des dons et des secours importants. Par reconnaissance, son nom fut donné à une nouvelle voie."
 Nous reviendrons très bientôt à Roanne avec une autre belle construction.
Mais voici un autre détail :



Là aussi, il est aisé de savoir où l'on se trouve ! La Ville de Bruyères nous livre ses secrets pittoresques et sa piscine Tournesol ! Là encore, c'est l'éditeur La Cigogne qui régale et la carte fut expédiée en 1987. Si on en croit Goggle Earth, la piscine Tournesol orange de Bruyères est toujours debout. Espérons que la Mairie et les agents locaux du Patrimoine du département des Vosges sauront la sauver sans la modifier. Car, de cette couleur, dans cet état, il n'en reste plus beaucoup, il s'agit donc ici d'une urgence patrimoniale. Je suis certain que Monsieur Yves Bonjean le Maire de Bruyères et toute son équipe municipale vont tout mettre en œuvre pour valoriser cet héritage exceptionnel et rare maintenant.
Nous avions déjà évoqué cette belle piscine ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/10/tournesol-et-tournesol.html




mercredi 8 novembre 2017

Rudy, les spaghettis sont servis et la soupe aussi

Je vous donne à lire ci-dessous une lettre ouverte à Rudy Ricciotti.
Il est clair maintenant que la Région Ile-de-France, que ses institutions patrimoniales qui la représentent, que la politique du Grand Paris, osent tout, c'est à ça d'ailleurs qu'on les reconnaît. Chemetov et Prouvé à Saint-Ouen, Émile Aillaud à Nanterre, Jacques Kalisz à Nanterre, Tour Montparnasse, Claude Parent et Paul Virilio à Vélizy-Villacoublay, Esquillan à Fontainebleau et maintenant Maison du Peuple à Clichy de Beaudouin, Prouvé, Bodiansky et Lods... Le bilan des attaques contre le patrimoine moderne et contemporain devient lourd, très lourd, honteux. À qui le tour ? Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson peut-être...



Salut Rudy !
Je vais te tutoyer car tu es de ceux qui ont toujours fait de leur gouaille un signe de reconnaissance, comme si les tonalités de ta langue si chantante et fleurie et sans compromis devaient pouvoir immédiatement nous permettre de comprendre la franchise de ton architecture et de ta pensée, comme si cette voix, ta voix était l'occasion d'une complicité dont j'ose me saisir ici.
Dans cette vidéo, Rudy, tu affirmes avec une fierté non feinte qu'un architecte ça doit être un casse-couille, je crois que tu remplis bien ton programme.


Car vois-tu, lorsque pendant toute une carrière on joue l'outsider de service, celui qui empêche de tourner en rond, le grand pourfendeur de la pensée commune et le mec proche de la réalité du terrain et des connaissances des métiers, il est étonnant de voir soudain un travail qui écrase justement ceux qui, dans l'histoire de leur Art, furent les pionniers de cette brutalité chantante et de cet hommage aux gens : la Maison du Peuple de Clichy.
Non mais franchement Rudy... Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette tour de spaghettis qui va se dresser dans le ciel comme une corde enchantée par un magicien hindou et qui réduit le chef-d'œuvre de Prouvé, Lods, Bodiansky et Beaudouin à un plat de cantine en aluminium ?

Ce n'est pas à ta hauteur, c'est ça le pire. Pas à ta hauteur.

Mais vous, (je reprends le vouvoiement toujours lorsque je suis en colère), mais Monsieur Ricciotti franchement, là, vous rigolez ? Non ? Allez... C'est une blague ? Vous allez annoncer demain que vous y renoncez à ce projet et que c'était là un exercice pour montrer à tout le petit monde de l'architecture à quel point la gestion du Patrimoine Architectural du XXème siècle est méprisé en France ? 
Car sinon, tout ce que vous étiez jusque là, tout ce que vous avez porté de colères, d'intransigeance, de force et de respect à ceux qui bâtissent devient vain, inutile.
Quand on fait finalement de ses colères, de sa révolte, une image de marque, un objet de communication, un slogan à la Seguela pour servir un plat de promoteurs, on devient quoi ? 
Comment appelez-vous cela ?
Alors vous me direz que vous êtes donc bien un casse-couille pour tous ceux qui comme moi défendent le respect du Patrimoine et que vous méprisez ce combat car, sans doute, nous sommes, nous, croyez-vous, dans l'histoire et vous dans l'avenir... Que l'Histoire de la Modernité doit être réécrite, que son respect est inutile, voir ringard.
Vous avez sans doute raison Monsieur Ricciotti, mais entre l'histoire d'une gauche populaire de Clichy et de sa Maison du Peuple et l'avenir du Grand Paris des Promoteurs soutenu par une politique fourvoyée de personnalités décadentes à leur propres idéaux, je préfère le passé. 
Et je parie, oui, je parie que vous aussi Monsieur Ricciotti finalement. 
Rien dans votre projet architectural, rien ne rend hommage à cet optimisme, à cette architecture, à ces combats sociaux. Et surtout rien ne rend ici hommage à votre propre travail. Vous vous servez de ce passé comme d'un symbole, un signe qui vient marketer votre tour. Et l'absence de cette belle franchise qui était la vôtre est le signe de ce ratage. En fait, cette tour, elle débande, triste après sa petite mort érectile.
C'est certain que vous me rétorquerez que vous ne vouliez pas rendre hommage, que vous pensez que l'hommage aux aînés est une servilité. Que ce que porte cette Maison du Peuple d'idéologies d'émancipations sociales doit être réduit au silence simple de sa structure, comme un squelette vidé de sa chair. 
Mais le blanc de votre tour, ce blanc comme une boutique Macintosh de province, son élan amolli par sa façade serpentine, le contact entre l'existant, tout y est déjà épuisé surtout par son bio-design des années 90 que même Audi a abandonné il y a longtemps. Ce n'est pas du Maniérisme, c'est maniéré, c'est nouille comme on disait des mauvais suiveurs de Guimard.  Pourquoi avez-vous perdu votre puissance, votre force, votre courage ? Pourquoi la rage Ricciotti a disparu ? Pourquoi votre belle et nécessaire radicalité poétique a laissé la place à cette ascension racoleuse de spaghettis ? Quel mauvais, très mauvais dessin... Vraiment pas à votre niveau.
Mais le pire c'est l'ensemble des complicités à cette attaque patrimoniale. Le pire c'est cette caution. Le pire c'est le fourvoiement des Institutions Culturelles logotypées dans les arguments (publicitaires) des promoteurs. Ils ont instrumentalisé votre hargne pour en faire l'argument de leur probité. Le pire c'est ça, cette communication qui prend la place de la pensée, qui fait semblant, cette novlangue, outil magique pour faire passer l'indigestion de ce plat de spaghettis. Quand l'architecture devient communication, quand on illustre des concepts communicationnels par une construction, on ne fait pas de l'architecture. On fait un produit. 

Et, venant de vous Monsieur, de vous, après tout ce que vous avez porté, que j'ai tant aimé, tant admiré, et même tant diffusé auprès de mes étudiants comme modèle de résistance à ce monde boursouflé, c'est là le signe infamant qu'ils ont gagné et que nous avons perdu. Je vous inclus dans ce Nous.
Vous avez inventé ici le totem de ce retournement idéologique. Nous aurions préféré un beau majeur dressé dans le ciel de Clichy, doigt plus digne de l'héritage du Progrès Social.
Tu as raison Rudy, un architecte ça casse les couilles et on a le droit de changer après tout et nous, vois-tu, nous avons le droit au désamour.

Sinon ? Ça va ?

Pour en savoir plus sur ce projet allez là :
http://www.leparisien.fr/clichy-92110/maison-du-peuple-le-pcf-de-clichy-oppose-aux-appartements-de-luxe-05-11-2017-7374381.php 
Allez ici et lisez bien les arguments de communications. C'est hilarant puis affligeant. Où apprennent-ils à rédiger de tels textes ?

http://www.groupeduval.com/projet-maison-peuple-de-clichy-garenne/


lundi 6 novembre 2017

Nanterre, tu meurs

Pourtant il fut un temps où la Mairie de Nanterre était fière de ses paysages, fière de son architecture contemporaine, fière de son urbanisme et même fière des aménagements des parcs. Tellement fière que la Ville de Nanterre par l'intermédiaire de son imprimerie municipale diffusait ça :


Dans le Parc, dans le gris-bleu d'un lac artificiel, les petits corps venaient se rafraîchir sans soucis des écrevisses, des alvins, des algues glissantes. Au loin, la famille pique-niquent sous l'ombre d'arbres adolescents indifférents à tant de proximité. La zone devient soudain verte déterminée par un entretien soigné d'une prairie offerte. Puis, surgissent les reines, les tours, celles qui donnent au ciel lui-même sa teinte comme si le magicien Fabio Rieti avait réussi pour la première fois à colorer l'azur, comme si l'élévation de ces totems assurait la météorologie.
Regardez comme cela se répond, comme cela se fond, comme cela est juste.
Vous voyez l'accord parfait des teintes. Qui croyez-vous qui tienne ça dans ses mains, dans notre œil ? Est-ce Monsieur Émile Aillaud qui ordonne ce monde ? Est-ce un peintre trouvant là la raison des leçons de la peinture de Poussin ? Est-ce Alphonse Allais voyant surpris la réalisation des villes à la campagne ? Est-ce Luis Pueller qui photographie ce moment ?
Ce qui est certain c'est qu'il s'agit non pas d'un ensemble de constructions mais d'une œuvre. Et que cette œuvre unique au monde, unique au monde, entendez-vous, est maintenant menacée par ceux-là même qui devraient la protéger, la défendre, et l'entretenir.
Rien ne pourra être comparable à cette exceptionnalité, rien ne pourra faire semblant d'y ressembler, rien, aussi minuscule que soit l'intervention ne pourra singer cette œuvre d'art. Il y a là une exceptionnalité première, la même que Talmont sur son promontoire, la même que les ors de Versailles, la même que les bétons de Freyssinnet. Il y a là, réveillez-vous, une œuvre pour laquelle nous n'avons aujourd'hui qu'un seul devoir : la protéger et la maintenir visible aux générations à venir. Les Tours-Nuages de Émile Aillaud ne nous appartiennent pas, n'appartiennent surtout pas à leur propriétaires, elle appartiennent à l'ensemble vivant de ceux qui regardent et savent jouir.
Jouir. Oui.
Une fois encore pourquoi ceux qui font métier de cette jouissance perpétuée n'ont rien fait ? N'ont pas signer les papiers ? N'ont pas communiqué, instruit les politiques ? N'ont pas alerté ? N'ont pas protégé ? Comment ils s'appellent déjà ceux-là ? Les agents du Patrimoine en Ile-de-France ? Les bailleurs sociaux aveuglés par les promesses d'une démagogie du bien faire, mêlant un asservissement aux réglementations à une incurie culturelle, croyant que c'est leur droit ? Comment une ville qui a porté un héritage du combat, une politique de recherches, des tentatives heureuses de vivre autrement, d'offrir à la vie la chance de se vivre vraiment, comment ceux-là même qui écrivent la poésie des ville peuvent maintenant abandonner ainsi ce qui constitue la chair de leur rue, de leur place, des histoires vécues là ?
Mais dans quel monde de merde vivons-nous ?
La faiblesse devient la norme, l'indifférence devient l'instrument, la lâcheté patrimoniale devient l'argument, la traitrise aux idéaux devient enfin à Nanterre le signe puissant de ce Monde retourné sur les valeurs des combats qui l'ont construite.
Nanterre, tu meurs.
Tu meurs et on te prépare pour étouffer les odeurs de ton cadavre pourrissant un linceul brodé des meilleurs intentions.
Nanterre, tu meurs.

Madame la Ministre de la Culture ? Madame Nyssen ? Pardon, Madame ?
Les architectes des Bâtiments de France ? Pardon ? Excusez. Vous êtes là ? Vous voyez ?
Monsieur le Maire ? Monsieur Jarry ? Y a quelqu'un ?
Monsieur Jean-Paul Ciret, adjoint à l'écologie urbaine et au Patrimoine Communal ? Vous êtes là ?
Monsieur le Conseiller Municipal Délégué à la Politique de la Ville ? Monsieur Iznasni ?
Monsieur Julien Sage, Adjoint chargé de l'Urbanisme ? Allez-vous laisser faire ?
Et vous Madame Boudjemaï ? Adjointe à la Culture ? Comment voyez-vous cette histoire de votre ville en train de disparaître ? En parlez-vous avec Monsieur le Maire, le matin, autour du café ? 

Et toi, citoyen, citoyenne qui lis ces lignes ? Tu as fait quoi aujourd'hui pour sauver ton Monde ?
C'est par ici que ça se passe.
SIGNE LA PÉTITION, MAINTENANT, LÀ, TOUT DE SUITE :
https://www.change.org/p/madame-la-ministre-de-la-culture-tours-nuages-de-nanterre-arr%C3%AAtons-le-massacre
Signe, diffuse, communique et n'oublie pas d'être exigeant avec ceux qui doivent porter la Culture, car c'est de TA Culture qu'il s'agit, pas de la leur.
Écoute Émile Aillaud ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/02/faire-un-non-33-tours-avec-emile-aillaud.html
Lis Richard Klein ici :
http://www.docomomo.fr/actualite/201709/tribune-tours-nuage-emile-aillaud-1902-1988
Exprime ton désarroi, ta colère :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2017/03/menace-sur-nanterre.html 

Et surtout, surtout, architecte, artiste, ne participe pas à cette mascarade de la requalification, ne sois pas complice. 
Et n'oublie pas qu'à Nanterre encore, une école d'architecture, l'une des plus belles, est en train de pourrir.

vendredi 3 novembre 2017

Mille clubs ? Trois au moins.

J'ai finalement appelé la mairie de Ouroux-en-Morvan. C'est toujours mieux d'aller à la source, surtout que j'avais eu un peu peur en allant voir sur Google ce qu'était devenu ça :


Les plus chevronnés d'entre vous, les aficionados de la petite architecture Trenteglorieusienne, les sauveteurs de Patrimoine minuscule mais important, les amateurs de cabanes en plastique de tout acabit auront reconnu un Mille Club du type SEAL-Béchu, ici appelé par les Éditions Nivernaises : la Maison des Jeunes.
Ils avaient bien de la chance les jeunes de Ouroux-en-Morvan de pouvoir passer du temps libre dans cette superbe architecture qui a marqué les esprits du lieu et l'histoire de l'architecture. Comment ne pas être en effet amouraché de ces clubs faisant bien de l'œil à Jean Prouvé dont la leçon de mécanique de montage, de légèreté est ici bien apprise. On a bien cette impression que l'on pourrait venir demain démonter tout en un après-midi ! Les panneaux, les ouvertures, la pente du toit, le métal apparent, ainsi d'ailleurs que les très belles couleurs franches et modernes donnent à cette Maison des Jeunes une allure folle, joyeuse et bien typée. On voit comment aussi il s'agit d'une grande transparence, offrant aux jeunes dedans la lumière du dehors et aux adultes dehors la vision sur la jeunesse...
Mais non ! Je ne tomberai pas dans ce piège d'une architecture de la surveillance, je laisse ça aux pauvres héritiers de la french theory en manque d'autoritarisme et aux guydebordiens en manque de spectacle.
Moi, j'aurais aimé arriver en Solex, voir de loin, au travers des fenêtres les potes jouant au baby foot, savoir que j'allais pouvoir faire mes tirages au club photo ou préparer une soirée ABBA costumée. Alors, hier, au téléphone, la secrétaire de Mairie de Ouroux-en-Morvan (merci !), répétant les mots de André Guyolot le Maire juste derrière elle me réconforte. Non, la Maison des Jeunes de Ouroux-en-Morvan n'est pas menacée, oui, il est bien question de la restaurer et peut-être avec les jeunes eux-mêmes. Des nouveaux alors car ceux de 1965 sont bien âgés maintenant.
Remercions vivement ce maire et sa commune de vouloir sauver et défendre ce bel héritage. Vous avez raison Monsieur le Maire ! Sauvez cette Maison de la Culture, sauvez ce Patrimoine méconnu !
D'ailleurs sa date de création m'étonne un peu car cela place cette Maison des Jeunes hors de la politique des Mille Clubs... On m'informe qu'à Cervon ou à Lormes des modèles identiques furent montés. En effet, on les trouve facilement. Celui de Cervon semble en meilleur état que celui de Lormes. Il nous faudra aussi mener l'enquête de ce côté-là. Et un jour, peut-être, la clé de 17 en main, nous irons démonter et sauver l'un de ces exemplaires. Qui sait !
Vive la jeunesse nivernaise ! Vive le Maire ! Vive Dédé !



Quelques repères Google Earth, dans le désordre, pour les suiveurs en manque de safari post-moderne et de croyance d'invention  :